l\'indigné

Arte rend hommage à Fassbinder, l'homme pressé

 

 

Arte rend hommage à Fassbinder, l'homme pressé

Cinéphilie | Quarante films en treize ans ! Mais aucun avec Romy Schneider. Le grand regret du réalisateur allemand... auquel Arte consacre une rétrospective

 

La nouvelle lui parvint sans doute à Berlin, pendant le tournage de Querelle : à Paris, Romy Schneider venait de mourir, le 29 mai 1982. On imagine qu'il en fut particulièrement meurtri : depuis l'âge de 17 ans, Rainer Werner Fassbinder rêvait de faire un film avec l'interprète de Sissi. A défaut, il avait réussi à convaincre celui qui jouait l'empereur François-Joseph, Karlheinz Böhm, offrant notamment au comédien de jouer un antiquaire homosexuel dans Le Droit du plus fort (1975). Mais l'impératrice lui résistait : il n'avait pu obtenir qu'elle soit l'héroïne du Mariage de Maria Braun. En 1982, il est tout près d'arriver à ses fins : l'année suivante, il doit diriger Romy Schneider dans Cocaïne, l'adaptation d'un roman de l'Italien Pitigrilli. Mais voilà que la mort emporte l'actrice. Et, onze jours plus tard, c'est lui qu'on retrouve sans vie dans son appartement de Munich. Fassbinder avait 37 ans.

 

 

 

Trente ans après, ces circonstances tragiques montrent toujours quelle voie traçait le cinéaste : il allait continuer à faire des films importants, des films chocs avec des stars, en allant vers le public sans renoncer à son exigence. Le nom de Fassbinder allait retentir partout, et les initiales RWF, dominer le cinéma international. Une ambition finalement surhumaine pour celui qui avait déjà réalisé l'impossible : cons­truire à toute allure une œuvre immense (quarante films en treize ans), changer le cinéma allemand, lui offrir de nouvelles icônes, comme Hanna Schygulla, formidable Maria Braun, ou Ingrid Caven, sur laquelle un prix Goncourt fut écrit en l'an 2000 par Jean-Jacques Schuhl.

 

Le Mariage de Maria Braun ( bande annonce VOST )


Le Mariage de Maria Braun ( bande annonce VOST )

L'univers de RWF n'a pas fini de retentir dans le nôtre. Le beau programme que lui consacre ces temps-ci Arte souligne l'actualité de cette œuvre, qu'on n'a jamais fini de redécouvrir. Pour Vincent Paul-Boncour, dont la société de distribution, Carlotta Films, réédite tout Fassbinder en salles et en DVD, « ses films ont une actualité quasiment permanente. On ne cesse d'en dénicher de nouveaux, oubliés ou inaccessibles depuis longtemps. Et d'autres sont devenus des classiques, comme Berlin Alexanderplatz, un vrai succès en DVD » (1) . Une renaissance perpétuelle, sur laquelle veille la fondation Fassbinder : sur son site, la rubrique « news » ­re­­gorge d'événements cinéma ou théâtre (2) . L'appétit d'ogre du réalisateur s'est transmis à ses admirateurs. 

.

(1) Voir le site VOD de Carlotta.


Rétrospective Fassbinder : lundi 18 juin Le Mariage de Maria Braun (20h35), Il était une fois... Le Mariage de Maria Braun, documentaire de François Lévy-Kuentz (22h35) Le Droit du plus fort (23h25) ; mercredi 20 juin Tous les autres s'appellent Ali (22h05), Je ne veux pas seulement qu'on m'aime (23h55), documentaire de Hans Günther Pflaum.

Soirées Fassbinder - Lundi 18 juin 20.35, mercredi 20 juin 22.05 - Arte

 

 

Le droit du plus fort

On aime beaucoup Drame réalisé en 1975 par Rainer Werner Fassbinder

Un jeune forain tombe amoureux d'un jeune bourgeois qui le dépouille peu à peu de son argent.

LA CRITIQUE TV DE TELERAMA DU 16/06/2012

On aime beaucoup

| Genre : mélodrame social.

 

On est d'abord frappé par le naturel avec lequel, en 1975, Fassbinder dépeint un milieu homosexuel en filmant frontalement des baisers et des sexes d'hommes sans la moindre provocation ou revendication. Se situant bien au-delà d'une stricte représentation des amours masculines, le cinéaste décrit en vérité un rapport de force terriblement cruel, calqué sur le mécanisme des inévitables luttes de classes. Que Fox et Eugen soient homosexuels ne change rien à l'affaire : il y a des dominants et des dominés, des bourgeois et des prolétaires.

 

D'une violence réprimée, Le Droit du plus fort reproduit les étapes d'un processus d'« éducation » qui fait froid dans le dos. Amoureux en manque de tendresse, infantilisé et humilié, Fox le naïf (campé de manière émouvante par Fassbinder lui-même) subit comme un esclave, sans réagir ou presque. On attend une réaction, une révolte, mais rien ne vient, si ce n'est de brèves disputes d'intérieur suivies de tendres réconciliations. Terrible illusion, car, dès le début de ce mélodrame politique construit comme un film d'épouvante (Eugen est une sorte de vampire capitaliste), les jeux sont faits, le mal aussi. Ne reste plus qu'à empocher le fric, et qu'importe si c'est en détroussant un cadavre. — Jacques Morice

VIE ET OEUVRE DE FASSBINDER - Hors Champ



 

A lire aussi

 



18/06/2012
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 32 autres membres